2 semaines sur TINDER ça change quoi ?

Il parait qu’à notre époque c’est le seul moyen de se rencontrer.
Quelques clics à gauche, à droite et l’on peut se retrouver dans un café ou dans un lit…
Moi célibataire, j’accepte de vérifier le principe des promesses de Tinder. Juste pour voir. Ça fait un moment que j’avais envie de vérifier ce qui était dit. Entre ceux qui décrivent cette appli de facile, ceux qui sont traumatisés par le concept, ceux qui adhèrent car « bonne pioche », ceux qui en ont fait leur mode de vie…. OK je me lance.

J’ai l’impression d’être au marché

Quelques clics pour choisir le sexe, la tranche d’âge, le niveau de proximité géographique et voilà qu’apparaissent les visages. Des têtes cucul, bizarres, de bonnes aussi, des chats, des chiens, des photos de vacances, des photos de sous-vêtements, duckfaces, selfies, grimaces et bimm… un pote ! C’était sûr… Aucun questionnaire à remplir, une photo, un pseudo, une phrase. Le choix se fait en un coup d’œil, sur le physique. Je clique oui, non et ça va aussi vite que quand tu zappes les chaînes de TV. Je change mes photos car la concurrence se fait rude, ça se joue en un rien de temps. Il faut appâter en une demie seconde, se vendre, comme un produit marketing. Si l’emballage te tentes pas, tu prends pas, tu passes à autre chose. On transforme la romance en produit. Vertiges, ça va vite. « Salut ça va? », « Hey coucou toi », « Enchantée », « Salut, je cherche juste un plan et toi ? »…. « Enchanté, TOM, 31 ans, tatoué, musclé », sur qui j’ai cliqué juste pour voir…
Je réponds, demande si ça va. Pas de réponse. Le choix est immense, il faut une phrase d’accroche, plus percutante….Il doit parler à une dizaine de filles, voire plus….pareil pour moi, oublié aussi vite. Le panier se remplit vite, entre ceux qui ne répondent plus, ceux qui sont brutaux et ceux qui te prennent la tête. Le tri se fait rapidement.

Début du Game

Dimanche y’a soleil, du coup ça ne match pas trop…Entre gauche et droite ça amuse un moment mais quand est-ce qu’il se passe quelque chose…Ça commence déjà à me lasser… Mardi, il fait gris et là ça match ! Et ça match… Ça se réveille ou y’a eu un bug ? Quelques discussions futiles, « John », 28 ans, « Slt Sa va tkl ? » , ça me fout le cafard ! Heureusement, « Antoine, 30 ans », rattrape la discussion, orthographiquement compatibles, commercial dans l’industriel. Plusieurs échanges qui ne vont pas plus loin que le job, la taille, les loisirs, puis, plus rien… On oublie vite. Ça re-matche, rebelote, même discours pour tous. j’en ai marre d’écrire et réécrire la même chose… On y vient, dès qu’on creuse un peu plus, on s’échange rapidement les Whatsapp. Bastien, plutôt sympathique me demande mes loisirs, s’intéresse à moi, me demande quand je suis dispo. Deux jours d’échanges et ses vraies envies se révèlent… Il me demande des photos un peu dénudées, me demande quels genres de plaisir j’aime. Je comprends qu’il n’a pas envie de se prendre la tête, juste de coucher. Je lui dis que je ne veux pas lui faire perdre son temps, il me répond  » dommage pour toi », ah ! Quel enjeu…je perds quelque chose d’intéressant je crois… Ça me fait rire autant que ça me dégoûte.
John me soutient qu’il faut « s’amuser, il en voit régulièrement, passe la nuit avec et ne les revoit jamais ». Pas d’attache, juste du cul ,ça ira. « Michael, Parisien travaillant dans une banque », a déjà deux relations sérieuses à son actif avec Tinder, dont une de deux ans. Étonnée, je lui pose quelques questions mais ça a bien matché avec la précédente. Il me propose d’échanger les numéros, j’accepte. On discute un peu et il me demande sur Snapchat. Et là merde, il se met à me bombarder de photos en arborant sa nouvelle moustache à la Hitler, un raté de la veille…mouais…bof, bof.

1er rendez-vous

19:50 Quatre jours d’échanges saccadés avec X, on se donne rendez-vous. Je le reconnais de suite. Il à l’air inquiet, perdu, pas très à l’aise. On décide d’aller boire un verre, on ne sait rien l’un de l’ autre. On est dans la vraie vie, c’est plus dur au niveau de l’échange, moins fluide. On discute de tout et de rien. Il est plutôt sympathique. Il connait pas mal de choses, il a beaucoup voyagé, il est plutôt intéressant et mignon.
BINGO. Au bout de quelques verres, il se confie, ah ! Son ex l’a traumatisé, elle l’a quitté il y a un mois, il a eu une petite période de déprime, il semble fragile, perdu. Il tâte le terrain en me disant qu’il a envie de s’amuser un peu. Je le sens pas, j’invente un prétexte : « on se tient au jus » me dit-il ! Il a compris, plus de nouvelles, mes signaux d’alarme se sont déclenchés. NEXT.

2eme rendez-vous

20:30 Peu d’échanges avec XX, c’est la roulette russe, on verra bien ! Il est policier, arrivé il y a pas longtemps sur Paris. Il veut rencontrer du monde. Il a son arme sur lui, me fait quelques blagues, me demande si « je veux la voir » ? Euhh de quoi tu parles ?
Un peu beauf mais il est drôle et jeune… 25 ans. Il me dit qu’il aime les femmes matures, celles qui savent ce qu’elles veulent. Il sent en moi la femme mûre, ça me fait rire. Il me dit que je suis bien pour mon âge.
On boit quelques verres, il me raconte que son ex l’a trompé plusieurs fois et avec des collègues car elle est dans le milieu. Il se fait passer pour un homme réfléchi et posé mais il a l’air tout autant perturbé…
Il me dit qu’il veut me revoir. Un texto échangé par la suite pour se remercier, il est ravi de m’avoir vu, m’envoie deux, trois messages drôles. On échange le lendemain puis, plus rien… on est déjà passé à autre chose. Ça n’engage à rien, c’est simple.

Perpétuelle Insatisfaction-Une soif sans faim

Catalyseur et accélérateur, ça n’a jamais été aussi facile de faire des rencontres à la chaîne sur Tinder. Rencontre efficace qui grille pas mal d’étapes comparé aux rencontres traditionnelles. Énorme terrain de jeu et de chasse pour les séducteurs et menteurs en tout genre… En schématisant: on se rencontre, on ne se plaît pas et on recommence. Mais bien souvent « on se rencontre, on se plaît mais… on recommence quand même » ! L’herbe est toujours plus verte ailleurs, c’est bien connu. D’ailleurs on se demande toujours si l’autre n’est pas en train de regarder ailleurs. Société de procrastination, dans l’attente d’avoir toujours une meilleure option. C’est le jeu. Il faut chercher en soi-même pour trouver satisfaction. « Prioriser son âme de jouisseur plutôt que son esprit consommateur ». Et la perpétuelle insatisfaction est l’incapacité de trancher, de se déterminer. Pourtant, il ne tient qu’à soi d’en faire une belle histoire…

Ouverture sur le monde

Malgré le côté animal, c’est aussi une ouverture sur le monde. On rencontre des personnes intéressantes, on échange sur divers modes de vie. Tu apprends, tu sors du quotidien des verres entre potes où tout le monde se connait. On se rend compte qu’à un certain âge, on a pas mal de points communs avec l’expérience. On apprend à se connaitre au travers des autres et différemment. On essaye de plaire au premier regard, on se lance des challenges. On montre une autre facette de nous, plus adaptable. On se teste dans notre capacité à séduire. Les nouvelles personnes nous enrichissent par leur voyage, leur façon de vivre ou d’être. On tombe sur des anglophones, on s’adapte à la barrière de la langue, on apprend à écouter et à découvrir les autres. Même si dès fois ça t’emmerde hein.

Tinder met en avant la drague masculine et fait ressortir l’instinct animal

Outre le côté consumériste, il y a un certain désir narcissique. On se rend compte à quel point on peut plaire physiquement. Le jeu de séduction valorise les moins confiants et gonfle l’ego de ceux qui le sont plus. On booste clairement la confiance en soi. Quelques compliments, quelques envies échangées, nous voilà rassurés. Il y a moins de barrière avec le numérique. On fait son marché, on tri et rapidement, je jette, je garde. On s’étonne de plaire à certains, on s’étonne surtout de plaire autant. Remarque, sur le nombre d’inscrits, c’est pas tant que ça, en fait c’est nul… On est à l’affût du moindre « match ». Et quand l’appli affiche « match » ahhhh soulagement ! Puis à la vue de toutes ces photos dénudées, l’instinct animal resurgit car il est dans la nature de l’homme de plaire.

Etre plus que les autres

C’est un certain défi quand on est noyés dans toute cette foule. Tu dois aller vite, même pour les rencontres. Et plus tu prends le temps de parler via message, moins ça aboutit. Pour savoir au plus vite dans quelle direction tu vas, il faut du réel, du concret. Beaucoup se cachent derrière leur doigt…La vérité c’est qu’on se laisse guider par la curiosité, « moi la première ». Il y a tellement l’embarras du choix qu’il faut être « plus » que les autres. Comment juger en un coup d’œil et quelques échanges virtuels ? Ce n’est pas une mince histoire mais plus tu expérimentes, plus tu comprends le concept. On nous pousse à être toujours plus. On est dans une société qui n’a plus le temps. On doit être à même de réfléchir en 1/2 seconde. Qu’est ce qui fait la différence entre lui ou elle en photo et ainsi de suite ?

Mythe et clichés

Le souci de ces réseaux sociaux c’est qu’ils détruisent et rendent compliqué la construction d’un couple sur une longue durée. Ils transportent difficilement au mariage et à la fidélité. On est plus du tout dans l’objectif de trouver la personne qui nous convient où l’on devient débile, intimidé et mal à l’aise, on passe notre temps à trouver des solutions pour ne pas s’emmerder, pour ne pas avoir de comptes à rendre. Et, toujours menacé de ne pas être irremplaçable. On fait bonne impression aux premiers rendez-vous, on montre nos côtés positifs en mettant en avant notre séduction. On fait du cinéma, tout est beau, on se montre en partenaire idéal, où l’on ne se prend pas la tête. « Mais, si tu te débarrasses de ça, tu deviens pathétique et ça crée des liens ». Etre beau en photos. Cliché…ce n’est pas vrai… Vouloir être parfait avec la personne parfaite c’est de la comédie. On s’affiche dans les plus beaux pays du monde, avec une belle voiture, une belle silhouette. « La réalité c’est qu’on se réveille avec une fille normale ou un garçon normal qui n’est pas parfait ». Triste nouvelle hein ?

Dépendance

Cette interface rend dépendant. Normal, ce n’est rien d’autre qu’un jeu conçu pour faire croire que vous êtes détachés de l’objet de votre attention. Très simple, très addictif. Jusqu’à la saturation cognitive que provoque ce trop grand choix. Pour gagner, il faut rester insouciant et garder le plus de possibilités ouvertes. « C’est un mélange à la fois de fantasme et de vie réelle ». Un moyen de se sentir adoré mais pas enlacé.
On est son propre entremetteur, on nous fait croire qu’on a le contrôle. Simplifier quelque chose de complexe. On favorise la plus grande diversité. Alors que ça nous rajoute bien des étapes…
Tinder rend le rapport désinvolte, il protège dans un certain sens et détourne de l’incertitude émotionnelle. « Et en s’y inscrivant on accepte les règles du jeu, on reconnait que les autres jouent ». Gagner à ce jeu ne veut pas dire forcement qu’on doit former une relation quelle qu’elle soit. Ça consiste finalement à accepter les limites de cette application, que cela ne dépasse pas l’écran ou un projet commun ou bien une période de sa vie. Un moyen de libérer son énergie émotionnelle, sans conséquence ou rien ne compte.

Profils divers

« Tinder nous rend froids et insensibles ». Cela rend les utilisateurs brutaux dans leur manière de faire, dans les échanges à cause de l’absence de relations sociales. On favorise la drague pour la drague. Décontractant et intime, on ose plus derrière un écran et on révèle ses pensées les plus enfouies. Quitte à choquer, il suffit juste de supprimer l’affinité en un clic. Ça passe ou ça casse. Certains ne cachent pas leurs désirs, ils affichent en photo de profil leurs courbes sexuelles. Ça ne réclame aucune énergie. Sur le nombre d’utilisateurs c’est certain que ça match pas mal. On passe plus de temps à décider qu’à faire. On annule les vrais rapports humains, on dévoile une partie de nous enfouie qui n’est pas possible à afficher en deçà du réel. « On en devient insensible jusqu’à ignorer toute le monde, et nous même ». La société nous impose de plus en plus de garder un contrôle sur nous, de ne pas montrer notre attirance, nos sentiments de peur d’être déçu. Avec Tinder, pas de problème on zappe, il y en a d’autres. On oublie nos objectifs viables. « On parle à tout le monde et à personne à la fois ». On s’épuise avant même que ça ne concrétise. On révèle le malaise de notre société en mettant les pieds dans la facilité à échanger et la complexité à tisser des liens. Après tout pourquoi pas ? Aujourd’hui il est facile de faire des rencontres mais simplement difficile de trouver la bonne personne. Tant que tu t’y retrouves dans les 50 discussions que tu as simultanément ! (blague) Mais au final ça t’abruti quand même ! « Pour les plus solitaires c’est une compagnie, pour les plus dragueurs, ça les satisfait, pour les curieux (comme moi) ça fait une expérience supplémentaire et pour les rêveurs bah… continuez de rêver… »
FIN DU GAME
Bisous bisous
En vrac
80% cherchent un coup d’un soir, les 10 suivants un psy et les 10 restants, une belle rencontre.
L’heure idéale: 21h
90000 personnes payent pour Tinder Plus
267, 6 millions de chiffre d’affaires
Rédaction : Marinouchka

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